Tout de suite après le spectacle Là où je vis, le public fonce vers la Cinquième Salle pour assister à la représentation du spectacle Maybe Forever de la compagnie bruxelloise Damage Goods de Meg Stuart qui collabore avec Philip Gehmacher de Mumbling Fish* (Vienne).
Là un petit bijou. Rien de phénoménal mais ma tête se repose. Je comprends dès les premiers abords l’ambiance de la pièce et j’embarque facilement, sans retenue. C’est justement là que l’on se rend compte des affinités que l’on peut avoir avec certains artistes et certaines esthétiques.
Déjà sur scène, les corps n’ont pas besoin de démontrer. Ils sont là, sans prétention.
Des craquements dans la pénombre : deux corps en épaves au sol. Petits cris de mouettes. Derrière, deux pissenlits géants posent le décor campagnard et nostalgique. D’ailleurs le seul élément scénique est un petit monticule composé de quelques marches enrobées de tapis gris car sur la scène pas de tapis de danse ou de plancher de bois découvert, mais de la moquette grise… Ça donne envie de s’y glisser.
Ces danseurs, qui sont plus matures que les précédents, ne sont pas intéressés par la virtuosité mais bien par le contenu. Un contenu ici aussi sans prétention. C’est un choix de travailler dans l’intime d’une fable humaine, d’une relation entre un homme et une femme décousue par divers manquements. Des difficultés de se rejoindre, de s’atteindre et d’être.
Le portrait de ce couple est aussi présenté dans la paillette, dans le brillant des costumes very “chic & swell” ce qui en dépeint une version très ballade. «Ballade rock» est le qualificatif qui me vient à l’esprit pour cette pièce. De plus, le musicien Niko Hafkenscheid y va à fond avec ses mélodies au timbre doré et aux paroles sirupeuses genre : « Do you love me, I miss you, you belong to me ? » Meg Stuart a toujours eu une facilité avec le texte et ici ça ne se dément pas. Elle manie bien la juxtaposition du geste à la parole offrant aussi une touche d’humour personnelle.
Même que « l’homme », interprété par Philip Gehmacher, paraît sans voix, dénué de pouvoirs. Il bidule dans son for intérieur des gestes qu’il tente de ramener à la surface. Comme deux personnes sur des chemins parallèles, leur relation est autiste. Ils ne seront plus ensemble car elle est partie avec le musicien et là il s’exprime au micro : « I know it’s the time I have to accept the place I’m in. You gave me the Beginning. My beginning…»
C’est un spectacle fin et poétique, qui offre le temps d’une rencontre, une douceur sans accroche. Une petite chaleur au cœur.
* Mumbling Fish est un bon nom pour ce danseur qui par ailleurs cafouille gestuellement parlant plus souvent qu’autrement dans ce spectacle.