Interprètes : Clara Furey, Alan Lake, Pierre-Mac Ouellette, Frédéric Tavernini, Catherine Viau
Au début tout allait bien. C’est l’expectative du premier spectacle, de la grande ouverture, du premier moment de la création. Madame Falcon, directrice artistique du festival salue son public et souligne la place que le festival fait à la création.
Et c’est sous ce thème de la création que débute le festival avec une première, Là où je vis de la compagnie Le Carré des Lombes.
Sans tambours, ni trompettes, Manon de Pauw, l’artiste visuelle invitée est là sur la scène. Elle ouvre le bal en effeuillant lentement de grandes feuilles de papier blanc. L’image captée de cette manipulation est projetée sur le mur du fond. Avec chaque feuille, l’on se rapproche de la lumière. L’on pénètre dans la zone du spectacle, de la représentation.
D’abord une présence, celle de la charismatique Clara Flurey. Ensuite, sa voix quelque peu brisée paraphrase une chanson nostalgique. Elle a le corps rond et souple. Elle captive par son intensité et sa personnalité. En fond Manon de Pauw offre des visuels intéressants à partir d’un dispositif assez simple. Des projections de manipulations plastiques qu’elle réalise sur sa table de travail. De solos en duos, en mouvement de groupes, les danseurs évoquent tantôt une fougue, une rage de vivre et d’exprimer, tantôt ils projettent les uns sur les autres leur propre solitude et tension individuelle. Leurs rapports sont plutôt flous. On ressent une volonté d’émettre du sens. Mais comment peut-on y trouver ce sens lorsque les danseurs eux-mêmes n’y sont pas complètement investis. Ils semblent chercher la raison du projet. La signification paraît ici vide… Le langage chorégraphique quant à lui est bien dans l’air du temps : travail sur l’élasticité du corps, les chutes et rapports de poids, glissades et torsions. Frédéric Tavernini y excelle ainsi que Catherine Viau. Par contre, à certains moments, les danseurs donnent un peu trop d’intensité dans les tableaux qui sont quelque peu décousus mais, en même temps, c’est cette intensité qui fait tenir la pièce.
Le travail de Manon Pauw diffère peu de ce qu’elle avait présenté comme travail de fin de Maitrise au Théâtre La Chapelle, alors de ce côté ; peu de surprises et même une petite déception de ne pas y trouver que du neuf, de l’original. De plus il semble plus difficile d’entrer dans le processus de création en aplat de l’artiste tellement le fil est interrompu.
En ce qui concerne le travail de Nancy Tobin, moi qui avait adoré son travail dans Duos pour corps et instruments, ici je suis encore un peu déçue… De belles idées sont échafaudées, de la matière sonore à souhait, mais pas de travail en profondeur et, à mon avis, par moments, le son enferme l’énergie déployée par les danseurs. Toutefois, il y a de ces ambiances sublimes où la composition sonore produit cet effet magique d’enrobage invisible et de symbiose avec la proposition chorégraphique, mais d’autres fois les charges électriques viennent annihiler le plaisir de la pièce que l’on serait prêt à imaginer sur d’autres types d’ambiances. Le défi était grand d’arrimer les effets de la musique romantique à celle dite noise ou bruitiste.
En terminant, la pièce offre de beaux moments, mais qui pourraient être revus sous d’autres formes.
À suivre.