Is you me est une très belle proposition de Benoit Lachambre dont le travail a toujours porté sur la connectivité. C’est une métaphore ludique sur les communications et les relations dans un univers de plus en plus virtuel. Le danseur est en contact avec son être intérieur et évolue en compagnie d’autres individus. Un questionnement sur les interrelations évoqué de manière plastique et “pataphysique”.
Visuellement, la scène est transformée en écran blanc, du plancher au plafond et de chaque côté des coulisses, dépassant le cadre habituel de la scène. Celle-ci devient une table à dessin pour Laurent Goldring, le concepteur de la scénographie, des éclairages et des projections, qui crée différents tableaux dans lesquels les danseurs apparaissent comme des animations qui émergent d’un monde surréel. Goldring superimpose aux danseurs des personnages en mouvance, des formes, des lignes ainsi que des plans de couleur. Benoit Lachambre et Louise Lecavalier bougent et évoluent sur une pente d’environ 45 degrés tout au long du spectacle, offrant de nouvelles possibilités pour le corps d’être en mouvement. Dans cet angle, le corps ressent le poids de manière différente et son rapport au « sol » est complètement transformé. Cette scénographie crée une nouvelle perspective qui met en aplat ces « terriens », aux allures extra-terrestres.
Débridés et délurés, les performeurs incarnent presque des esprits provenant d’une autre planète avec leur survêtement sportif au capuchon pointu cachant leur tête et leur donnant une allure de petits bonshommes verts. D’ailleurs, sur le mur du fond, Laurent Goldring y fait apparaître à un certain moment une petite soucoupe volante pilotée par un de ces corps virtuels. Is you me est en continuité avec Lugares Communes, sa pièce précédente, qui proposait un voyage dans un vaisseau où les personnages tentaient d’entrer en relation avec l’autre dans un espace de déconstruction linguistique, de travail de dépeçage du texte et de morcellement de la signification. Is you me est un comme un jeu sur l’hypertexte.
C’est toujours un grand bonheur de retrouver le travail de Lachambre puisqu’il est un excellent maître d’œuvre de la scène, tout en laissant suffisamment d‘espace à ses collaborateurs artistiques afin d’apporter leurs couleurs et leurs voix à la proposition chorégraphique. Cette fois-ci, la place est grande pour Louise Lecavalier d’être une présence magnifique, dans une gestuelle douce et fluide. Son nom ne rime plus avec « prouesses » mais avec « présence » et sa personnalité toujours aussi charismatique transmet davantage de nuances dans son interprétation, ouvrant de champs à de personnages multicouches. Quant à lui, Laurent Goldring incarne par sa plume, son pinceau et son éponge électroniques, cette troisième dimension picturale mettant en relief une iconographie propre aux arts médiatiques. Réel VJ (Visual Jockey) choréographique, il colore littéralement les scènes et les transpose en tableaux d’où un nouveau sens peut émerger. Finalement Hahn Rowe, compose en direct des ambiances sonores tellement complémentaires qu’elles semblent se fondre et se « morpher » au spectacle. Sa musique donne à voir la pulsion originelle du mouvement et soutient l’authenticité des corps.