GravelWorks
Concept et direction: Frédérick Gravel / Création et interprétation: Francis Ducharme, Ivana Milicevic, Lucie Vigneaut, Jamie Wright, Frédérick Gravel et les musiciens Stéphane Boucher et Hugo Gravel / Dramaturgie: Katya Montaignac. Présenté à Tangente 23 au 26 octobre 2008.
L’entrée en matière de Frédérick Gravel, chorégraphe et maitre de cérémonie, met les cartes sur table en annonçant d’entrée de jeu qu’il désire rendre la danse populaire, c’est-à-dire être près du peuple. Étions-nous au bon endroit, à la bonne heure? Ce n’est pas grâve puisque le spectacle pourra s’adapter. Il est à géométrie variable. C’est-à-dire que certaines des courtes pièces qui portent la signature du répertoire Gravel ont déjà été présentées dans d’autres cadres, d’autres formats, avec 5, 3 ou 2 danseurs ou encore en solo… Mais à Tangente, Gravel présente une forme d’intégrale avec tous les performeurs qui forment le Grouped’ArtGravelArtGroup (ou GAG), où chacune des pièces (certaines inédites) est entrecoupée par une présentation informelle du concepteur au micro qui donne quelques pistes de réflexion sur ce qui suivra… Et ce qui suit c’est à la fois dynamique et viscéral – comme les duos qui jouent sur la sexualité et le rapport à l’autre dans son désir de communication – et tout autant minimaliste et décomposé mécaniquement, en présentant des vignettes ou concepts mis à nu dans une proposition ouverte – comme par exemple sa version de la danse pop ultime, ou encore sa performance lorsqu’il mange des frites. Remarquons qu’avant l’entracte, c’étaient des bières que les danseurs avaient ingurgitées pour nous mettre dans l’ambiance de l’entracte… Réminescence d’un bar où planent ces odeurs.
Frédéric Gravel dé/construit aussi l’ordre du spectacle en présentant en premier lieu ce que pourrait être la fin d’un spectacle avec les Pauses dramatiques qui impliquent les danseurs dans des positions dramatiques et parfois difficiles à tenir comme une chute prise en snapshot, donnant à voir un arrêt sur l’image… Le spectacteur quant à lui doit imaginer ce qui s’est passé avant pour arriver à ce moment précis. C’est un peu comme un cliché photographique où l’on doit se représenter le hors-champs. Il amène aussi à réfléchir, de façon drôle et pathétique sur la crise de l’art contemporain – qui vraisemblablement tourne sur lui-même- ou encore propose une vision de l’après-coït, l’investissement et le positionnement dans l’art.
Au niveau musical, ça se déplace dans un horizon assez large, avec un band live – Frédérick à la guitare, son frère Hugo Gravel à la batterie et Stéphane Boucher, multi-instrumentiste- sur une petite scène surélevée qui interprète des chansons de Nirvana, PJ Harvey, Galaxie 500, Elvis Presley. D’autres pièces plus classiques jouées à travers divers transistors, comme Vivaldi, Chopin, La Callas, sont utilisées pour accentuer de manière ironique la dramatisation dans la danse.
Un mélange de rock, pop et danse contemporaine. J’aurais bien aimé sentir parfois un rythme plus soutenu, plus condensé et davantage d’expression de la part des danseurs: ressentir justement cette énergie rock, déjanté, outrecuidante, irrévérencieuse. Par moment, la danseuse Ivana Milicevic qui possède en surcharge de cette énergie brute apporte de cette électricté ou encore lorsque les danseurs dansent en duos. Soulignons aussi le solo de Lucie Vigneault et les duos de la fin où les danseurs se touchent avec les avant-bras, plutôt que les mains qui apportent un autre type de sensibilité aux GravelWorks.