J’avais vu La Chambre blanche lors de sa création, en 1992, presque par hasard, et j’en gardais un très bon souvenir.
Quelques 25 années plus tard, je me retrouve donc un peu surpris d’être, au premier abord, désarçonné par la reprise de la pièce ; là où je m’attendait à être réenchanté, je me retrouve troublé, dérouté, peinant à trouver quelque chose qui puisse m’apparaître comme familier.
Mais, quand j’y pense, il me semble que c’est moi qui ai changé, plutôt que la pièce. Et avec l’expérience – pour ne pas dire la maturité – je comprend rapidement que ce qui m’indispose aujourd’hui, c’est l’absence de récit et même, plus fondamentalement, l’absence de discours : cette pièce ne me dit rien !
Mais, plutôt que de m’arrêter à ce verdict, je tâche de comprendre quelque chose, je cherche à entendre la musique particulière de cette pièce, et là, après quelques efforts, les mystères de La Chambre blanche se dévoilent.
Peut-être faut-il être ainsi privé de ce qui nous est familier – ce sur quoi l’on se repose – pour s’ouvrir plus largement à ce qui nous est étranger. C’est du moins le constat – pour ne pas dire la leçon – auquel je suis arrivé après m’être penché attentivement sur le sentiment de malaise qui m’avait tracassé tout au long de la représentation.
Une fois ce constat établi et accepté, les qualités de La Chambre blanche apparaissent.
L’interprétation d’abord qui est forte, inspiré : où il ne reste aucune trace du travail – car il n’est pas facile de distinguer ce qui revient à la direction des danseurs et à leur talent.
Ensuite la mise en scène : où le décor tient, à la fois, de l’asile de fou, du dortoir de collège et à de la caserne militaire et qui évoque tous ces lieux où l’on se retrouve enfermé en groupe.
Enfin la musique qui participe puissamment à l’évocation des différentes ambiances qui se succèdent, allant du calme inquiétant qui précède la tempête aux bourrasques qui secouent les êtres et les choses lorsqu’elle éclate.
Mais c’est surtout dans sa façon particulière d’évoquer que réside la valeur de La Chambre blanche. Il y a, dans cette façon de mettre en mouvement la folie du monde et les sentiments de ceux qui l’habitent, quelque chose qui atteint à la pureté de l’art, dans la mesure où chacune de ces formes excelle à faire vivre un aspect de cette fascinante énigme qu’est l’existence – et que les autres formes n’arriveraient pas à évoquer avec autant de justesse et de puissance.
C’est sans doute cette puissante évocation du vertige qui assaille les êtres vivants lorsqu’ils sont emportés par ces courants émotifs – que John Cassavetes appelait « love streams » et qu’il a si brillamment dépeint au cinéma – qui a provoqué ce malaise qui m’a troublé tout au long de la pièce – et même quelque temps après.
La Chambre blanche m’a donc permis de mieux comprendre deux choses que je savais déjà – et qu’il est toujours bon de se faire rappeler – : les belles œuvres ne dévoilent pas leurs richesses au premier regard et il n’y a pas que la beauté dans la vie, il y a aussi la hauteur.
Collaboration spéciale : Paul Choinière